Interview de Gerald Olivier, sommelier


Foodpairing, Interview, minute info, Passionné, Rencontre, trucs et astuces, wine information, Winebottle, Winelover / samedi, décembre 9th, 2017

Hello la communauté,

 

il y a quelques jours j’ai eu l’honneur d’interviewer Gérald Olivier, sommelier et journaliste dans le vin depuis 15 ans. Une très belle rencontre que vous pourrez retrouver en vidéo ci-dessous

Bonjour Gerald, vous êtes journaliste et sommelier dans le vin!

Pouvez-vous nous parler de votre parcours?
Mon parcours est assez original, en effet j’ai deux casquettes. Au début le vin n’était qu’une passion privée, j’étais simplement journaliste. Après la fin de diffusion du magazine j’ai décidé de faire de ma passion un métier en retournant à l’école comme un grand (eh oui!). Je suis allé au Cordon Bleu où leur programme vin est excellent puis j’ai créé ma propre société de services autour du vin. Je continue d’écrire pour ces magazines spécialisés en vins et spiritueux tels que Sommeliers International mais le vin et le conseil est devenu mon axe principal.

Qu’est ce qui vous a semblé le plus dur au démarrage de votre activité?
La communication, donc de se faire connaître. La paperasse aussi évidemment mais le plus dur est d’apprendre comment avoir des clients. Si personne ne sait que vous proposez des services, personne ne fera appel à vous! Cela fonctionne de deux façons : le bouche à oreille ET la réputation! Soyez bons et les gens feront appel à vous. C’est très important!

Quand je dis le mot vins, à quoi pensez-vous ?
C’est intéressant car j’aime toute sorte de vins mais quand je pense au mot vin, je vois un verre de vin rouge. Pourtant j’aime les vins blancs, les vins pétillants, les vins avec du sucre résiduel mais le bon verre de vin rouge reste dans ma mémoire. C’est surtout un élément qui va accompagner un repas, un moment de partage et de convivialité. Donc quand je pense vins, je dis Gastronomie et plaisir mais surtout j’imagine un très bon verre de vin rouge.

Quel est le pourcentage de néophytes participant à vos dégustations ?
Je travaille beaucoup à l’international, j’ai de la chance d’être bilingue et l’un de mes plus gros clients est un bar à vin qui s’appelle Ô Château et qui accueille beaucoup beaucoup de touristes Américains. Je travaille donc exclusivement en Anglais et avec des gens venant de l’étranger. J’ai réalisé que même ces touristes ont une certaine connaissance du vin, aujourd’hui ils ont déjà dégusté de nombreux vins qui, à notre échelle, ne seront pas de grands vins. Par exemple, étant absolument fan des vins sucrés même rouge ils adorent goûter de nouvelles choses surtout concernant les vins Californiens. Les gens ont toujours une certaine connaissance du vin, la seule chose qu’ils n’ont pas est la capacité à imaginer la richesse du monde du vin. Il y a énormément de variétés comme le Ice Wine au Canada ou les grands crus du Beaujolais ou du Languedoc. C’est cette richesse là dont les gens n’ont pas conscience.

Quelle est la première étape à ne pas louper quand on déguste un vin ?
Dans un premier temps, je parlerais de l’aspect visuel mais en fait ce qu’il faut vraiment observer c’est le moment où l’on déguste le vin, les pré-dispositions!
Vous êtes au restaurant avec des amis et vous dégustez un vin, vous l’adorez.. Vous notez donc le vin et vous décidez de le racheter mais au moment de le regoûter le goût n’est pas le même ! En effet cette personne avait simplement été trompé par l’instant ! Le vin est le même mais la circonstance est différente…
Quand on déguste il faut toujours prendre en compte le cadre, de sa propre disposition d’esprit et surtout être prêt(e) à s’ouvrir au vin.
Le vin est un élément qui s’adaptera à votre état d’esprit.. Le cadre compte énormément! Le vin est une émotion et le cadre participe à l’émotion…

Que pensez-vous des vins mono-cépage ? Est-ce bien pour débuter ? 
Nous pouvons nous faire une petite idée si le cépage est traité de manière neutre par le vigneron. Par exemple si vous goûtez un Chardonnay passé en barrique ou un Chardonnay plus sur le fruit produit dans le Languedoc, le vin sera totalement différent, on peut même se demander si c’est le même cépage!
Si tout est neutre, on peut identifier certaines bases : Le Sauvignon Blanc  vous offrira plutôt un vin de couleur pâle avec une belle acidité. Le Chardonnay sera beaucoup plus rond! On peut établir un certain nombre de critères qui aide à définir certains cépages.

Les dégustations à l’aveugle sont-elle une belle entrée en matière ?
Je pense que oui, je dirais même que c’est un travail à faire en permanence. Quelque soit son background, ses connaissances, je dis toujours que l’on a tous tendance à déguster des étiquettes. Déguster un vin sans savoir ce qu’il est, cela est important. Le piège de la dégustation à l’aveugle, est l’obsession de la finalité : Trouver le vin caché derrière l’étiquette(cépage, région, millésime..) Mais en fait il faut apprécier le vin (le fruit ? élevage?) au moment où l’on déguste. Parler d’un vin sans savoir ce que l’on boit est la meilleure façon d’être honnête vis à vis du vin.

As-tu une anecdote à nous raconter ?
Oui, il m’arrive souvent lors des dégustations, d’avoir la même question qui revient (ce sont souvent des femmes d’ailleurs! Plus sensible au nez..). Lorsque l’on décrit le nez du vin, est ce que vous sentez la poire ? la pomme ? la fleur blanche ? La même question qui revient : « Le vigneron a t’il rajouté quelque chose? »
Il faut simplement leur parler de l’alchimie de la fermentation qui permet de développer ces arômes et que cela provient du raisin et du sol.

As-tu une région de prédilection ?
J’aime beaucoup les Syrah de la Côte Rôtie, en Vallée du Rhône Nord, j’apprécie un bon cru du Médoc, même si il faut leur donner du temps.. Mais certains Beaujolais peuvent être aussi extraordinaires. Je goûte aussi souvent de nombreux vins Californiens ou Australiens et j’avoue que je respecte énormément les vins Argentins et Chiliens.

Comment trouves-tu les vins du nouveau monde ?
Il y a un style nouveau-monde, beaucoup de fruits, de fraicheur, mais ce ne sont pas des vins de terroir. Le sol est bourré d’eau car il y a beaucoup d’irrigation…
On parle beaucoup de vins de marque, des vins très bons marchés et ce sont des vins qui plaisent à un certain public.
Le grand défi pour eux va être de ne pas avoir trop d’alcool dans le vin dû au réchauffement climatique. Il y a un niveau d’alcool dans le vin à ne pas dépasser sinon le vin sera trop lourd et ne plaira plus.

Quelles seraient les tendances de demain?
En dehors du climat, la tendance que j’observe est le développement des vins biologiques. Pour moi cela semble très sain et j’aime beaucoup les vins en Biodynamie même si certaines personnes ont encore du mal avec le côté trop « extrême ». Le vin est un produit naturel et issu d’un sol qui est vivant donc éviter toutes sortes d’intrants est une démarche saine (pour le vigneron, pour les travailleurs et surtout pour les consommateurs!).

Parlons peu, parlons vins, quels sont tes vins favoris ?
Il y a trois vins qui m’ont marqué :
Un Sassicaia qui est un vin Toscan où plutôt appelé « Super Toscan » un magnifique Cabernet Sauvignon de 1982 que j’ai bu en 1999 donc qui avait 17 ans!
Le deuxième vin dont je me rappelle est un Sauternes du Chateau Suduiraud de 1928, on a l’impression de boire un moment d’histoire! On boit quelque chose qui a vécu pendant longtemps et cela était un très joli vin.
Le troisième vin est un vin de Malaga, un vin fortifié qui était absolument onctueux.. On avait l’impression de déguster un sirop de café avec une pointe d’alcool derrière.. C’était un vin de dessert qui avait une longueur! Deux heures après nous avions encore le goût du vin en bouche!

Merci Gérald pour votre temps précieux !

A très vite 😉

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